Retable – souvenirs d’une création

Retable – souvenirs d’une création / Kevin Malfait

Création 2021 -2022

« Il faut que le spectateur soit créateur, qu’il écrive, qu’il continue à écrire. Et en même temps ce spectateur peut ouvrir les pièces secrètes de son être.»

Claude Régy

Retable – souvenirs d’une création est une pièce musicale en trois parties pensée à travers un dispositif d’installation sonore et visuel. Entourés par plusieurs enceintes et face à un unique point de projection, les spectateurs traverseront donc cette pièce en trois temps.

Dans le premier, ils pourront y voir une succession de fragments picturaux tirés de l’agneau mystique – célèbre retable des frères Van Eyck – en y entendant une composition musicale originale créée pour ces peintures. Construite comme des échos à l’oeuvre, la musique accompagnera le spectateur au sein de chemins créés par l’agencement des fragments, et tentera d’en révéler certaines parties volontairement occultées.

Dans le deuxième, ils pourront y entendre des récits de spectateurs transmettant le souvenir d’une mélodie, d’un instant de pièce, la description d’une partie de sculpture, d’une scénographie, etc.
En donnant ainsi seulement des instants, des souvenirs, j’espère créer chez le spectateur diverses images qu’il pourra, au gré des récits et avec sa subjectivité, assembler de manière instinctive pour ainsi créer sa propre mise en scène mentale, son assemblage.

Dans le troisième et dernier temps, je viendrai jouer une composition à l’orgue positif, donnant pour la première fois un acte en direct. Confrontant ainsi le pré-existant (tableaux, musique, récits) à l’instantané.
Ce morceau, fort des images engrangées précédemment, sera dépourvu de mots, de peintures ou de sons supplémentaires.

À leur manière, les trois parties tenteront de susciter chez le spectateur le désir du « non-visible », d’imaginer les parties manquantes, de « gérer » la frustration du caché en créant un tout avec les éléments donnés, de fantasmer ce qui se trouve hors champ. Comment la musique, de fait abstraite, véhicule alors des images ? Quel pouvoir de modification a-t-elle ? Comment nous pousse-t-elle au-delà du visible ?

Comment accompagner le spectateur à créer ce qui se trouve en dehors du cadre ?

Dans une époque où les œuvres – ou reproductions d’oeuvres – sont accessibles presque instantanément, comment retrouver du désir pour l’inaccessible ? Comment le transmettre ?