Ce qui n’est pas né

Pièce – Performance pour deux interprètes à la recherche d’un récit ancien

En 2023, au gré de recherches que j’effectuais sur les musiques du Moyen Âge, je tombe de manière hasardeuse sur un facsimilé transmettant les bribes d’un chant en occitan nommé « la marca de la pièra ».
Le document, abîmé par le temps, ne laissait voir qu’un extrait de musique, mais, par chance, le texte paraissait intact.

Des indices, comme la notation musicale, laissaient penser qu’il datait probablement de la dernière période du Moyen Âge.
Afin d’en avoir une traduction précise, je me suis rapproché d’une amie qui parle couramment occitan.

Étonnamment, comme à contre-courant, ce texte ne traitait pas de sujet habituellement présent dans la poésie et la chanson de cette période, à savoir: les conquêtes féminines, la guerre et ses péripéties, la religion et le divin, ou, en marge, la nature.
De forme simple et très poétique, il semblait révéler quelque chose d’inédit, porté par une abstraction sensible. En voici sa traduction en français :

Après la pluie tombée – sur une plaine arriva
Un enfant enjoué – une pierre il souleva
Avec étonnement – comme une mémoire d’hier
Il dansa comme un chant – la trace sèche de la pierre

Après plusieurs tentatives d’interprétation, son unique ligne musicale s’est rapidement reliée à une autre que je savais plus tardive. « La marca de la pièra » avait, musicalement, énormément de points communs avec une mélodie très populaire du XVIIIe siècle composée par un chanoine de Notre- Dame de Paris nommé Guillon. Cette mélodie de Guillon m’a permis de combler les manquements de la partition d’origine.

J’ai donc eu envie de partager ce récit et de le déployer sous la forme d’une pièce performative. J’en ai parlé à mon ami Charles Pietri qui est danseur et chorégraphe, et que je sais très sensible à ce type de poésie. Très vite, Charles eut l’impression de connaître ce récit en étant persuadé de l’avoir déjà entendu en Corse, dans sa famille. Il interroge alors son frère qui lui confirme ses impressions.

Ce lien passionnant, ce pont entre l’occitan entendu durant mon enfance et le corse parlé dans la famille de Charles nous mène à créer ensemble un écho, un fantasme autour de ce récit et de ce chant.


Conception, direction artistique, interprétation : Kevin Malfait
Conception et interprétation : Charles Pietri
Regard extérieur : Madeleine Fournier
Accompagnement au travail vocal : Jean-Baptiste Veyret-Logerias et Bruno de Labriolle
Accompagnement au travail de l’Occitan : Sonia Garcia

Production: Autour
Soutiens et coproductions:
La Métive, Compagnie des marches de l’été, théâtre La Lucarne, IDDAC – aide à la résidence, agence culturelle du Département de la Gironde.