Manuscrits de Cadouin (titre provisoire)
(En production)
Musique sacrée et profane pour trois interprètes

« L’art ancien, digne de ce nom, a toujours été impliqué dans la négation, produisant des fissures dans la culture symbolique et constituant une subjectivité dirigée contre une politique homogénéisante et identitaire»
Bjorn Schmelzer
Au printemps dernier, je me rends à Cadouin, village de Dordogne d’où provient ma famille maternelle, afin d’y enregistrer un orgue du XVIII ème donné à l’abbatiale il y a quelques années.
Alors que je pensais connaître ce village dans ses moindres recoins, j’y découvre l’existence de plusieurs manuscrits de musique datant du Moyen Âge. Cadouin a prospéré au XI et XII ème siècles car l’abbaye avait en sa possession un linge identifié à l’époque comme un des suaires ayant enveloppé le Christ après sa crucifixion. Des recherches récentes ont montré que ce linge n’était pas un suaire mais un tissu égyptien très précieux datant du XI ème siècle. Les inscriptions qui s’y trouvent, écrites en arabe, ne louent pas le Christ mais Allah.
Au Moyen Âge, un grand nombre de pièces musicales ont été consignées dans les manuscrits de Cadouin sous le nom d’Office du Saint-Suaire. C’est sur ces pièces que je me concentre.
La direction de ce projet se base sur une fiction, très simple, qui sert à orienter à la fois l’interprétation de cette musique mais aussi à l’inscrire dans une pensée philosophique et politique.
A la fin du XIV ème siècle, trois laïcs, deux femmes et un homme, s’introduisent chaque nuit dans l’abbatiale de Cadouin afin d’y chanter quelques pièces contenues dans les manuscrits. Il et elles chantent ces pièces avec leur culture et leurs sensibilités, les faisant parfois résonner avec des chants occitans issus de leur répertoire personnel.
Ce projet s’inscrit dans la continuité de mes travaux et recherches précédentes, qui s’axent sur des réflexions relatives à l’interprétation de l’art ancien et en particulier à celle de la musique, ici sacrée pour partie, en la pensant comme une musique traditionnelle à inscrire dans notre présent, avec nos préoccupations actuelles et appartenant à chacun et chacune d’entre nous.
L’abbaye de Cadouin s’est souvent inscrite au Moyen Âge comme un lieu refusant l’ordre établi, marquée par les comportements de ses membres rejetant plusieurs formes d’inféodalisation. Ce projet se veut, de ce point de vue, fidèle à cette histoire.
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Captation lors de notre première session de travail:
Projections: Enregistrement d’un album au printemps 2026 et création d’une forme concert, première envisagée courant 2027
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Direction artistique, écriture musicale, orgue et interprétation vocale : Kevin Malfait
Interprétation vocale : Mathilde Bonicel et Sonia Garcia
Avec des poèmes de Charles Pietri traduit vers l’occitan par Sonia Garcia
Production : Autour